Baptiste Lanne, designer et sculpteur

Rencontre

Baptiste Lanne, designer et sculpteur

RENCONTRE AVEC :

BAPTISE LANNE, DESIGNER ET SCULPTEUR

J’ai rencontré Baptiste aux Serres de la Milady à Biarritz.

Je ne sais pas si vous connaissez cet endroit. C’est une ancienne horticulture du 19ème siècle au toit et aux murs de verre qui accueille aujourd’hui une vingtaine d’ateliers d’artistes. Dans un cadre fleuri et créatif, un trait d’union entre l’art et la nature.

Baptiste a pris le temps de me présenter son parcours, ses oeuvres qui ont pour mission de “ramener la nature dans nos habitats”.

Je vous invite à découvrir son univers poétique.

Laurie

Pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 34 ans, je suis designer. J’ai fait un master de Design à Paris. J’ai travaillé pendant 10 ans pour des agences comme Philippe Stark, et des entreprises comme Habitat. De belles années où j’ai appris beaucoup de choses.

A côté, je suivais des formations notamment en photographie. Mon but, c’était d’arriver à tout faire tout seul. Dessiner mes pièces et savoir les mettre en scène pour communiquer sur ce que je fais.

Ton parcours témoigne d’une grande liberté. Quel cadre t’a donné ta famille pour que tu te sentes aussi libre ?

J’ai grandi en Normandie et on allait souvent à Paris pour voir des expositions de peinture. Et puis, j’ai suivi des cours de peinture et de sculpture en terre dès l’âge de 5 ans. J’ai su très tôt que je voulais faire un métier créatif. Architecte, couturier, ou designer… Mes parents m’ont inscrit dans cette école de dessin pour préparer des écoles supérieures à Paris.

Tu disais que l’on avait une certaine liberté en étant enfant. Est-ce que tu penses que l’enfant que l’on a été défini l’adulte que l’on devient ? Est-ce que finalement on ne devrait pas être plus à l’écoute de ses rêves d’enfant ?

J’en suis persuadé ! D’autant plus aujourd’hui que je suis papa. Cela m’attriste de voir certaines personnes qui ne sont pas heureuses parce qu’on les a orientées vers des métiers qui ne leur plaisent pas.

Ils cherchent du sens et n’en trouvent pas.

Je pense que c’est important de faire ce que l’on aime. Toujours. D’ailleurs, quand tu es enfant, tu ne te poses pas la question, tu ne fais que ce que tu aimes.

Je viens ici tous les jours. Je fais des horaires de bureau et j’y tiens. Cela légitime le métier d’artiste. Parce que, oui, c’est un vrai métier.

(Je lui dis que je trouve que les mentalités sont en train d’évoluer, qu’il y a un autre regard sur l’artisanat, sur les artistes qui est en train d’émerger).

C’est vrai, mais il y a encore beaucoup de jeunes qui n’osent pas devenir artiste parce que ce n’est pas considéré comme un vrai métier.

Tu as une approche très particulière du design en mettant la nature à l’honneur. Qu’est-ce qui t’inspire dans cette nature ?

C’est la seule chose qui m’inspire parce que c’est indémodable. J’ai commencé par faire des choses utiles comme des tables, des chaises. J’essaie de plus en plus d’aller vers des choses inutiles : des sculptures, de la peinture. Enfin, quand je dis inutiles… on se comprend !

Mon but, c’est de ramener la nature dans nos habitats.

Je travaille le bois parce que c’est un matériau naturel. Il y en a partout, c’est bio-dégradable, cela ne pollue pas. Il y a plein d’essences différentes.

(Je lui fais remarquer l’énorme branche d’arbre recouverte de mousse à côté de lui et puis d’observer ce que ces branches deviennent grâce à son travail…)

J’ai pris en photo des parties de ces branches brutes pour que les gens se rendent compte du travail que c’est. C’est important que l’on voit dans mon travail l’intervention de la main. Ce n’est pas une machine.

Comment as-tu trouvé ton style ? Est-ce que les choses se sont faites naturellement ?

Je me suis reconnecté à des formes que je faisais quand j’étais plus jeune. Tout l’objet de ma démarche est de suggérer les choses, parce qu’il s’agit de formes abstraites. Mais on peut y voir un oiseau, une graine, un végétal.

Il y a des formes douces, rondes. J’essaie de faire des objets qui soient poétiques, qui racontent une histoire. Leur présence suffit à apporter de la douceur.

Tu me disais que tu travaillais plusieurs essences. Quelle est l’essence que tu préfères travailler ?

Le noyer. Parce que c’est le bois parfait. Il a une belle couleur brune, chaude. Il a de beaux dessins et c’est un bois très dur qui se travaille très bien.

Quel est le projet dont tu es le plus fier ?

C’est la première sculpture que j’ai faite il y a deux ans. C’était une toute petite sculpture. On aurait dit une queue de poisson que j’ai offerte à mon neveu à Noël.

Est-ce que tu peux nous raconter d’ailleurs comment tu t’es lancé ? Comment est-ce que tu as appris ?

J’ai appris tout seul. Je sculptais déjà la terre en étant enfant donc j’avais quand même quelques notions. En revanche, j’ai appris tout seul le travail du bois.

J’ai fait un voyage au Japon il y a deux ans et je suis allé à la rencontre d’autres artisans qui travaillaient le bois. Ils faisaient des chaises, du mobilier en bois. Eux avaient appris seul et cela m’a fait dire que je pouvais y arriver moi aussi.

J’apprends encore aujourd’hui. Je viens de finir une table de 2,5 mètres de long. J’ai hésité à accepter parce que je n’étais pas sûr d’y arriver. Mais j’ai réussi alors je suis très content !

Quelle est ton histoire avec le Pays Basque et qu’est-ce qui te touche plus particulièrement ici ?

Elle a commencé avec le surf. Je venais ici quand j’étais plus jeune pour surfer. Puis j’ai rencontré ma compagne ici.

Ce qui me touche, c’est la proximité avec l’océan et la montagne. J’ai pu trouver cet atelier pour un loyer dérisoire. C’était impossible de trouver un atelier à Paris.

Ici, il y a beaucoup de passage et des projets intéressants, et c’est important pour un artiste.

Que t’évoque l’espadrille ?

Cela me fait penser à un objet simple et efficace, une semelle en corde et un dessus en toile ou en cuir. Un objet utile et simple, intemporel. J’adore ça !

J’en utilise tous les jours chez moi comme des chaussons. C’est très pratique.

Qu’est-ce qui t’enchante dans le projet Atelier Aliénor ?

Ce projet me parle beaucoup. Parce que je suis convaincu qu’aujourd’hui, la valeur ajoutée est le fait que ce soit fait ici, en petites séries. Raconter une histoire et faire le meilleur produit possible.

Je trouve ça beau de se dire que l’on dessine des produits qui vont accompagner des gens dans leur quotidien.

La question du Beau me tient vachement à coeur. Dans un monde idéal, il faudrait que tout autour de nous soit beau. C’est une ligne à tenir.

Photographe : Baptiste Lanne

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